Des gens se retrouvaient à faire des choses dont ils n'étaient pas fiers, mais qu'ils faisaient quand même.
Les c½urs se brisaient dans l'indifférence la plus totale, on s'ennuyait.
La solitude enflait comme un phénomène que personne ne pouvait entraver car tout le monde était touché et rongé par elle.
La population était cataloguée, classée dans des catégories afin de mieux pouvoir juger sans connaitre.
On décidait ce qui était bien ou mal pour le reste des gens, car il fallait qu'ils ne réfléchissent pas trop.
Trente et un ans après le punk, quarante ans après 1968 il ne fallait pas aller contre les conventions, ne pas choquer, se délecter du malheur des autres, suivre le troupeau.
Des jeunes changeaient brutalement après avoir un peu mieux cerné la société dans laquelle ils vivaient, ils décidaient de vivre vite, on les déclaraient en crise.
Plus personne ne s'étonnait de l'immense richesse et de l'extrême pauvreté.
Dans des quartiers chics, des gosses prenaient du LSD et allaient dans des garden-parties, pour finir médecins ou avocats.
Dans des quartiers pauvres, des gosses prenaient du LSD mais ne s'en sortaient pas.
On obéissait aux règles, on respectait la loi, pour ne pas avoir de problèmes, pour vivre une existence tranquille, parce qu'on avait peur de l'inconnu.
Il fallait faire un métier concret, lucratif, avoir des idées et des rêves réalistes.
Les gens sombraient sans que personne ne s'en soucie, les gens sombraient et on les blâmait.
La drogue était plus facile à trouver qu'une bouteille de vin pour des mineurs.
Chacun avait ses problèmes particuliers, mais n'en parlait pas à ses amis car l'amitié devenait peu à peu une valeur inconnue, faute de quoi ils auraient remarqué qu'ils avaient les mêmes problèmes que les autres.
Des gens faisaient une musique plate, sans intérêt, froide et hermétique. Ils réussissaient, vendaient des milliers de disques et passaient au journal télévisé.
Des gens faisaient une musique renversante, bancale, magnifiquement vraie.
Ils réussissaient et peu à peu on les détruisaient, car les artistes , les vrais, ne devraient pas exister dans une société convenable.
Dans le milieu professionnel il fallait prendre des risques et avoir de l'ambition.
Dans la vie il fallait se contenter de ce que l'on avait, ne rien bouleverser.
Les jeunes devaient sortir, s'amuser mais pas trop, aller à des « mégas teufs » pour « être jeunes » pour de bon.
Les jeunes devaient vite rentrer dans le rang pour devenir des adultes convenables et responsables.
La vie était une chose à réussir, des prix à gagner, des quotas à respecter, des objectifs pragmatiques à atteindre.
La beauté était un poids, un taille précise, la laideur était tout ce qui n'entrait pas dans la norme.
La jeunesse était vieille et désabusée. Mais lucide.
La vieillesse était liftée, dynamique, étouffante. Mais avait déjà profité de la vie.
Les gens passent, se côtoient, mais ne se parlent pas.